Le point commun entre la bibliothèque du Vatican, les billets d’entrée pour le Mondial de football en Allemagne et certains lamas au Pérou ? C’est l’identification par radio-fréquence (RFID), à laquelle les experts prédisent une croissance fulgurante. Le principe de base, c’est une puce de la taille d’un gros timbre poste placée sur un objet ou un document. Les informations qui y sont stockées peuvent être lues ou transmises sans contact avec un lecteur situé au maximum à quelques mètres, par le biais d’ondes radio.

D’après une étude récente de l’institut IDTechEx, les dépenses mondiales pour des technologies liées au RFID devraient passer de 1,85 milliard de dollars l’an passé à 12,35 milliards en 2010. Deutsche Bank Research, encore plus optimiste, a même estimé le potentiel d’ici 2010 à 22 milliards d’euros (26 milliards de dollars).
Applications RFID
Les applications sont multiples, mais où se situr le potentiel "marché".

Déjà, des étiquettes électroniques sont installées sur des dossards de sportifs pour les repérer et les chronométrer à certains points de passage ou aux péages, sur des livres de bibliothèques pour gérer le prêt, ou sur les billets du Mondial pour identifier leur acheteur et lutter contre la fraude et le marché noir.
Au Pérou, certains éleveurs d’alpagas, une espèce de lama réputée pour sa laine, leur implantent une puce RFID derrière l’oreille pour décourager les voleurs. Certains imaginent déjà des micro-puces implantées sur les patients, avec en mémoire tout leur dossier médical (Lire Etude de cas ci-dessous).
Autre application, socialement acceptable, voire citoyenne. Stéphanie Olsen de Cnet, qui présente le bloc opératoire du futur, où le réseau de puces intelligentes aide le chirurgien à diminuer les erreurs en surveillant instruments, patients, données et actes chirurgicaux. Ce bloc opératoire expérimental
est déjà en fonction au Massachusetts General Hospital et traite chaque semaine une vingtaine de patients.
Les applications pédagogiques ont également le vent en poupe.Tagged est une exposition qui vise à informer et développer le débat autour des RFID. L’installation consiste en une étagère d’objets quotidien dont nous sommes invités à comprendre l’histoire en les passant devant un scanner qui permet d’accéder à leur histoire racontée sous forme multimédia. Via We make money not art.
Le Tagged World Project a développé un système qui capture les comportements humains utilisant des étiquettes intelligentes et utilise les données recueillies pour modéliser et prévoir les comportements des utilisateurs. Conséquence par exemple : votre système vous alerte si vous essayez de sortir de chez vous sans vos clefs. Via Smart Mobs.
L’Europe avance…
L’Allemagne est le pays européen qui jusqu’ici investit le plus dans des projets liés au RFID, devant la Grande-Bretagne et la France. Les applications semblent particulièrement prometteuses dans le domaine de la distribution, où la technologie devrait reléguer le code-barres aux oubliettes. Deutsche Bank Research table sur 2,5 millions d’étiquettes électroniques dans les 15 plus anciens Etats membres de l’Union européenne d’ici 2008, dont presque un quart en Allemagne où le groupe Metro commence déjà à les utiliser. Il en a présenté d’ailleurs certaines applications au CeBIT. "On proclame que le RFID va marquer un changement de régime après plus de quarante ans de règne du code-barre. Mais les projets vont en réalité bien au-delà", relève Stefan Heng, analyste de Deutsche Bank Research.
Les Néerlendais proposent un workshop mettant en lumière les usages artistiques des puces RFID (compte-rendu).
La technologie pourrait permettre de lutter contre la criminalité (l’identification des articles avec une étiquette RFID réduit les risques de vol ou de contrefaçon), ou encore améliorer l’efficacité : plus de rayon vide dans le magasin s’il signale lui-même quand le stock de produits baisse. Le succès de la nouvelles technologie dépendra toutefois du coût des composants, ainsi que des efforts de standardisation. Une initiative en ce sens, baptisée EPC, est déjà soutenue par plus de 700 entreprises dans le monde.
… et le reste du monde ?
Au Japon, la carte sans contact Felica fait désormais office de billet de train et de spectacle, de porte-monnaie, etc. Les robots domestiques japonais apprennent à lire celles qui équipent les maisons pour se repérer sans recourir à des logiciels encore très imparfaits de reconnaissance de forme.
Même aux Etats-Unis, là où est pourtant né le débat le plus critique à l’encontre de RFID en matière de respect de la vie privée, on voit des entreprises se spécialiser dans la commercialisation de serrures électroniques, permettant d’ouvrir la porte de son domicile avec un téléphone mobile équipé d’une puce ad hoc. Et, à compter d’octobre 2006, tous les passeports des citoyens états-uniens seront équipés d’une puce RFID.
=> Blog d’un américain mordu de RFID _ Amal Graafstrat’s
Etude de cas : Applied Digital Solutions

Chez Citywatcher, société de vidéosurveillance américaine, les salariés ont les nouvelles technologies dans la peau… au sens propre du terme. Deux employés de cette entreprise se sont, selon leur employeur, porté volontaires pour se faire implanter sous la peau une puce RFID (Radio Frequency Identification) de type Verichip, fabriquée par Applied Digital Solutions, à l’occasion d’un test. Selon ce fabricant, c’est la première fois qu’une telle expérience est tentée sur le sol américain hors cadre médical.
Pas plus grosses qu’un grain de riz, ces puces doivent permettre de filtrer l’accès à certains espaces sécurisés dans lesquels Citywatcher installe ses équipements de surveillance. Les personnes non identifiées ne pourront pas avoir accès aux caméras, au matériel d’enregistrement, ni aux données conservées. A l’issue de ce test, d’une durée inconnue, la société espère séduire notamment les municipalités, comme Cincinnati où elle est basée.
« Je ne demanderai à personne de faire quelque chose que je ne ferais pas moi-même », a déclaré Sean Darks, à l’agence Associated Press. Le PDG de Citywatcher s’est également fait poser une puce RFID Verichip. Il a spécifié qu’en aucun cas ces puces ne serviraient à localiser ses employés.
Dossier medical intégré
Les autorités sanitaires du pays avaient donné leur aval pour de telles expérimentations dès le mois d’octobre 2004. La Food And Drug Administration avait alors déclaré que l’implantation d’une puce Verichip en sous-cutanée n’avait aucune incidence sur la santé.
Depuis cette date, Applied Digital Solutions tente donc de s’imposer sur les marchés de la sécurité et de la santé. Dans ce domaine, le constructeur a démarré une campagne de séduction outre-Atlantique. Il dote gratuitement les hôpitaux de scanners capables de lire ses puces électroniques. Applied Digital Solutions espère ainsi convaincre les Américains de se faire glisser une de ses petites créations sous la peau. En cas d’accident, les services de secours n’auraient plus qu’à scanner le bras des victimes pour connaître immédiatement leur groupe sanguin et leur identité. Les partisans des libertés individuelles ont fait part de leurs craintes.
En Europe, Applied Digital Solutions éprouve plus de difficultés à conquérir des marchés de masse. En Espagne, les clients du Baja Beach Club, une discothèque de Barcelone,se sont vu offrir l’implantation d’une puce utilisée comme porte-monnaie virtuel et accessoirement comme coupe-file. Aucun essai n’est à ce jour prévu en France.
Limites et inquiétudes légitimes
Leur implication dans l’acquisition d’un conditionnement social pour le moins intéressant. Pour preuve, voici un exemple édifiant que voici.
Pour ne citer qu’un exemple, on gardera à l’esprit un jouet, commercialisé depuis fin 2004, destiné aux enfants de deux ans et plus. Le jouet se présente sous la forme d’une cuisine miniature en plastique, équipée comme une vraie. Il s’accompagne de faux aliments, également en plastique, mais intégrant des puces RFID. L’enfant, en approchant ces objets d’un lecteur sans fil incorporé sur le jouet, peut découvrir le nom des aliments représentés – énoncé à haute voix et en trois langues – ainsi que des conseils culinaires. Cette version technologique de la dînette inclut une centaine de phrases, déclenchées par les mouvements de l’apprentie-cuisinière.
Cet exemple permet de concevoir combien RFID est une technologie à part. Potentiellement, elle peut servir à tout, et peut même devenir parfaitement pervasive et omniprésente, à un point jamais atteint par une autre technologie sans fil auparavant. Et par delà les discours réducteurs, et malgré tout l’intérêt de la technologie, il semble important d’en suivre les développements, dans tous les domaines, tout en soulevant les questions ou inquiétudes légitimes qu’elle peut susciter auprès des consommateurs ou des citoyens.
La miraculeuse RFID fait également parlait d’elle lors du salon CeBIT, est ravive les peurs engndrées par cette technologie. Les craintes des consommateurs concernant les risques pour la santé suscités par un "brouillard électronique", mais surtout les potentielles atteintes à la vie privée. "Même si le cauchemar d’un client transparent, espionnable en permanence, est à relativiser, des concepts de sécurité sont nécessaires pour éviter l’accès non autorisé et la manipulation des données stockées", reconnaît Stefan Heng (Voir Video explorant les usages limites des RFID - Chris Oakley)
La Commission européenne a justement annoncé au CeBIT de Hanovre (Lire Interview Peter Schaar – coordinateur à la CE) le lancement d’une consultation publique afin de déterminer s’il était nécessaire de réglementer l’usage de ces étiquettes électroniques. "Il faut discuter ces questions, et voir jusqu’où le consommateur est prêt à accepter cette nouvelle technologie", a souligné la Commissaire à la société de l’information Viviane Reding lors d’une conférence de presse.
Pour conclure, les écueils qu’il faut éviter Patrick Lemoine le résume très bien en précisant les “quatre pièges qui concourent à minorer le risque que présente cette technologie en matière de protection des données personnelles et de la vie privée : l’insignifiance [apparente] des données, la priorité donnée aux objets [en apparence toujours vis-à-vis des personnes], la logique de mondialisation [normalisation technologique basée sur un concept américain de « privacy » sans prise en compte des principes européens de protection de la vie privée] et enfin le risque de « non vigilance » individuelle [présence et activation invisibles].”
Conseil : rester vigilant, et pensez à passer au rayon X, on ne sait jamais !
Pour en savoir plus :
> Dossier RFID – Zdnet (livres blancs, articles, témoignages, retours d’expérience…)
> Journal du RFID – Portail d’informations référent
Sources : Actus Internet / BBC
Votre dévouée reporter ART
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